
"A Amiens, j’ai vraiment retrouvé le plaisir de la compétition, le goût des sensations fortes, le dépassement de soi, bref j’ai retrouvé des émotions, que seule, la compétition peut procurer.
C’est vrai que le pari était osé, mais comme le dit le dicton : « qui ne tente rien, n’a rien ». Il était alors logique qu’en devenant à nouveau Champion de France, j’honore cette sélection pour le Tournoi de Paris. Le règlement fédéral, que je connais bien pour l’avoir proposé au DTN Fabien Canu et mis en place en 2004, prévoit la sélection d’office du Champion de France pour le TIVP.
Ma dernière participation au Tournoi de Paris remontait à 2000 où je termine deuxième derrière Kosei Inoue. Je n’avais combattu à Bercy qu’une seule fois et j’avoue que l’idée de renouveler cette expérience était excitante !"
"Après la pesée à 7h, j’ai commencé ma journée par un petit déjeuner en compagnie des jeunes de cette équipe de France : Cyril Maret (18 ans), Jean-Sébastien Bonvoisin (20 ans) et Pierre Ciaravanino (20 ans), tous les 3 devant, quelques heures plus tard, fouler pour la première fois le tapis de Bercy.
Le petit déjeuner est toujours un moment important dans une journée de compétition car s’il faut de bien se restaurer après un bon régime. C’est aussi l’occasion de se débarrasser du stress en rigolant, de se détendre et de penser à autre chose. C’est ce que nous avons fait....
J’ai ensuite rejoint le stade pour commencer mon échauffement. Après une petite mise en jambe dans le parc qui jouxte le POPB, j’ai parfait mon échauffement en compagnie de Jean-Sébastien Bonvoisin pour ensuite me laisser 20 min de récupération et de concentration avant le début de la compétition.
Démarrer une compétition n’est jamais facile, on dit d’ailleurs que le premier combat est le plus dur. Je crois que c’est surtout psychologiquement que l’entame est décisive. Ce fut d’ailleurs le cas pour mon premier match qui m’opposait à Danny Meeuwsew (ND). En effet après 5 min de combat, le tableau était toujours vierge et me proposait mon premier Golden Score de ma carrière (et pour cause, le Golden Score n’existait pas encore à Sydney). En fait, je sentais mon adversaire à ma portée, mais je n’arrivais tout simplement pas à me libérer. Heureusement les encouragements croissants du public me portèrent à tout « lâcher », pour lancer mon spécial : o goshi.
Le deuxième match se présentait bien, j’avais eu l’occasion d’observer Ruslan Gasimov lors de son premier combat et aussi sur quelques vidéos, la tâche me paraissait réalisable. Après un début de combat, conforme à la stratégie fixée (même si j’étais mené yuko), je commençais à prendre la mesure de mon adversaire lorsqu’il lança un kata guruma au ras du sol. Je contrôlai son attaque et essayai de le renverser dans l’autre direction, l’action fut quelque peu confuse, et j’avoue que sur l’instant je ne sus pas trop quel était le résultat de cette combinaison. Les arbitres, eux, semblaient sûrs de leur jugement, et c’est sans hésitation qu’ils déclarèrent le russe vainqueur, jugement confirmé par la vidéo ensuite. Dommage, car j’aurais aimé que le combat dure un peu plus car une ouverture au sol allait bien se présenter. Gasimov montrera ensuite tout son talent en s’adjugeant le TIVP 2006 : Bravo !
A suivi une période de flottement, car il fallait que Gasimov gagne son combat suivant pour que je sois repêché. La tâche n‘était pas évidente car il avait sur son chemin, le japonais Takamasa Anaï, vainqueur du Tournoi de Tbilissi le week-end précédent. Après un combat épique, le russe réussit à porter une clé de bras au japonais et m’ouvrit par là même les portes du repêchage. Là aussi je n’oublie pas l’action du public qui encouragait le russe qui devait gagner afin de me permettre de remonter sur le tapis !!
Je connaissais Meddah Khaled (ALG), c’est un super combattant qui s’était illustré notamment aux championnats du Monde 2001 en éliminant Marc Huizinga en -90kg. Je savais que ça allait aller vite, qu’il avait dû prendre du poids et donc de la force, et qu’il démarrerait très vite. Le début fut donc conforme a mes prévisions, même un peu trop car je me retrouvait mené par waza ari et koka à la mi-combat. Je n’avais donc plus que le choix de me lancer à « bloc » dans la bagarre. Le ne waza allait une fois encore être ma planche de salut, car ce fut au sol que je trouvais l’ouverture pour l’immobiliser après un travail de dégagement de jambe. Ouf !!!!
Anaï (Jap) est un jeune athlète que j’ai vu devenir Champion du Monde junior (comme certains se sont amusés à le faire remarquer après qu’il m’ait battu), mais en 2002 à Jeju en Corée. Je savais que le combat allait être dur, voire très dur, mais j’étais prêt à tout. J’avais commencé ce tournoi par un magnifique pion à mon actif, j’allais le quitter sur autre magnifique pion, mais cette fois-ci à l’actif du japonais !
La sortie du tapis et de Bercy fut un moment de grande émotion et de partage avec le public, et égoïstement c’est le moment que je retiendrai de ce TIVP 2006 !"
"De manière absolue, ma prestation est moyenne car on attend toujours un meilleur résultat. Je me suis pas senti suffisamment « punchi » et donc un peu en dedans par rapport à ce que je pensais. Maintenant c’était mon retour à la très haute compétition après 5 ans 1/2 d’absence et dans ce contexte je crois que c’est encourageant pour l’avenir."
"En devenant Champion de France j’ai acquis le droit de faire le TIVP et donc à avoir accès à la sélection en Equipe de France, de figurer à nouveau sur la liste d’athlètes seniors de haut niveau du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Effectivement, ce n’est pas très valorisant pour ceux qui ont voulu me faire sortir définitivement du monde du judo !
Ma présence au TIVP n’a pas enthousiasmé l’intégralité des dirigeants de la FFJDA et j’ai "profité" d’une "surveillance fédérale personnalisée » et "d’attentions particulières" pendant ma journée au TIVP."
"Jusqu’au dernier moment la FFJDA m’a laissé dans l’incertitude quant à ma participation. Finalement j’ai quand même retrouvé mon nom sur les feuilles d’inscription.
Une petite heure avant mon premier combat, le responsable de l’équipe masculine accompagné d’autres entraîneurs est venu me dire qu’il fallait absolument que je choisisse un coach, sinon je ne combattrais pas. A 39 ans je ne voulais pas spécialement de coach sur la chaise, car je crois avoir suffisamment d’expérience pour me débrouiller tout seul. Cela n’est absolument pas obligatoire, il n’existe aucun règlement à ce sujet. D’ailleurs, rappelez-vous l’équipe italienne lors du TIVP 2004 ou tout simplement lors de combats entre français !
Enfin, j’ai préféré calmer le jeu en accédant à leur demande car il s’agissait de ma compétition.
Sur le site, je me suis fait accompagné par un ami qui est professeur du club du judo d’Audincourt et de mon ami Pascal Kim, ostéopathe. Ils se sont fait virer par cinq vigils qui avaient reçu des "ordres précis" de faire sortir « ces deux personnes » de la salle car ils n’étaient pas accrédités (ce qui était vrai).
En revanche, le professeur de Frédéric Demontfaucon et de Frédéric Stiegelman, par exemple, ainsi que d’autres professeurs non badgés sont, eux, restés avec leurs athlètes pendant toute la durée de leur compétition...
Je me suis donc retrouvé seul.
Enfin, avant le match contre Gasimov un membre de la fédération est venu m’indiquer que trois personnes du Comité Directeur Fédéral avaient la mission de me surveiller en permanence au cas où ...De toute évidence, ils ont perdu leur temps !
Après tout cela, j’ai ressenti le besoin de dire ce qui c’était passé. C’est la première fois de ma vie qu’un tournoi se déroule dans une telle ambiance....Je crois que le public à le droit de savoir et que les judokas de France devaient le savoir. Tout simplement... et voilà la « polémique » ! Peut-on vraiment réduire tout cela à une "polémique" ?"
"Pour expliquer je vais revenir à une période faste du judo : l’équipe des JO d’Atlanta et de Sydney a été forte parce qu’elle était composée de jeunes et d’anciens.
Les anciens, dont je faisais déjà partie à l’époque, apportaient leur expérience et leur sérénité, intervenaient lorsque la cohésion du groupe, sous la tension, s’apprêtait à exploser. Il faut savoir qu’en période de préparation d’un grand championnat l’équipe de France de judo réagit en collectif !
Les anciens aident à relativiser et reprennent les jeunes lorsque leur comportement risque de nuire au groupe ou même à eux même.
Nous savons maintenant que le fait d’avoir un athlète charismatique, plus âgé et expérimenté dans le groupe, permet au plus jeune de se repérer. Sa présence rassure. Tous les entraîneurs, et peu importe le sport, le disent : il y a un moment où le groupe, avant une grande échéance, développe sa propre dynamique, qui peut-être positive ou négative, selon la composition du groupe, les résultats ayant déjà été obtenus, etc. Les entraîneurs n’y pénètrent plus, ils subissent ou suivent. C’est de l’intérieur que le groupe arrivera à stabiliser et à positiver le stress, ou au contraire, s’effondre complètement.
Il faut avoir été entraîneur pour connaître le phénomène.....
Aujourd’hui, un athlète comme Zidane (bientôt 34 ans) ne représente plus l’avenir du foot français. Or, au delà de son talent il garde un rôle primordial pour l’équipe de France de foot !"
"Aujourd’hui je suis à nouveau dans une période de reconversion, car à priori poursuivre ma carrière professionnelle au sein de ma fédération à un autre poste de responsabilité n’est pas souhaité. Je sais que tout cela est purement circonstanciel et cela n’entame en rien ma passion pour le judo et le profond respect que j’ai pour la fédération en tant qu’institution.
Je fourmille d’idées et des projets pourraient prendre forme dans des domaines qui permettent l’utilisation de l’Intelligence Economique (IE) dans le sport. La formation continue que je suis à l’ESSEC n’y est pas étrangère."