Sylvain Ollier a rencontré Stéphane dans le cadre des entretiens du club ESSEC....
Paris, Place de la Nation. Une fin de matinée ensoleillée de septembre. Un gaillard, au tronc non moins large que le platane sous lequel il se gare, descend de son scooter, Boulevard Diderot, du nom d’un des pères fondateurs de l’Encyclopédie. Cette oeuvre magistrale fut l’un de mes surnoms du temps de mes lointaines années universitaires, du côté de Cachan. Loin de moi de vouloir poser sur papier une encre teintée d’arrogance mal placée ! Juste qu’en face de moi, retirant son casque, se lève l’un de ces nombreux et glorieux personnages hantant les pages de mon encyclopédie du sport. Pensez donc : ce n’est qu’alliage d’or, d’argent et de bronze, qui se trouve dans la besace de ce chasseur de métaux précieux, tendant vers moi une main plus large que mes cuisses. L’homme, finalement carré sur les horaires, n’est autre que le choletais de naissance Stéphane Traineau*, de la promotion III du Mastère SMSE. Il m’entraînera pendant plus de deux heures, non pas sur un tatami où mon arrêt de mort aurait été signé à la pointe sanguinolente de mon auguste tarin, mais à travers son parcours professionnel aussi riche que son palmarès sportif.
Serrez vos ceintures, l’échange sera vif comme un ippon et entier comme son « maître 7ème Dan » !
• Bonjour Stéphane. Tout d’abord, peux-tu nous dire ce qui t’a poussé à reprendre tes études et pourquoi le choix du Mastère SMSE ?
Salut Sylvain. En fait c’est un peu le hasard. Je vais te dire… En 2005, ma boîte, Carré Final (agence de communication), gérait le projet « Boxer Ensemble ! », qui était soutenu par la région IDF. En partenariat avec la Fondation du Sport, on a entièrement monté le concept : du logo au slogan. Or, par l’intermédiaire de la Fondation, nous avons découvert l’existence des Trophées Sporsora et nous y sommes inscrits afin d’y concourir. Le projet y a obtenu le Trophée de Bronze. Ce soir-là je n’étais que l’accompagnateur de mon épouse, qui se trouve être la gérante de Carré Final. C’est au cours de cette soirée que j’ai rencontré des potes qui étaient passés par le Mastère SMSE de l’ESSEC : le Dac’ (Richard Dacoury), Philou (Jean-Philippe Gatien)… On a parlé de la formation et suis reparti avec le Year Book du Mastère sous le bras. Les jours d’après j’ai bouquiné la doc’ et passé un coup de fil à Philou pour lui poser quelques questions, lui demander des conseils. C’est à partir de ce moment-là que j’ai à la fois décidé de me remettre une nouvelle fois en question et d’intégrer le Mastère. Pour moi ce fut une opportunité de repartir de l’avant tout en ayant été séduit par le contenu de la formation. C’est une histoire d’opportunités et de rencontres !
• Qu’elles étaient tes attentes initiales ?
« …conceptualiser les choses et acquérir une certaine méthodologie dans le travail. » Nous avons créé Carré Final en 2002 et pendant une grande partie de ma carrière, disons de 90 à 2000, j’ai toujours été au contact de la presse, du monde de la communication et du marketing. J’ai d’ailleurs fait tout ça de façon presque naturelle, comme Mr Jourdain** faisait de la prose sans le savoir. J’avais donc envie de conceptualiser les choses et d’acquérir une certaine méthodologie dans le travail.
Au-delà des aspects scolaires, je désirais surtout rencontrer d’autres personnes issues d’univers différents du mien, ce pour m’ouvrir davantage l’esprit. Surtout je n’ai jamais connu ce côté bande de potes du milieu universitaire. Même si je suis diplômé STAPS, je n’avais jamais vraiment bu de bières, n’étais sorti pour refaire le monde, ou passer des week-ends à s’éclater entre potes de promo !
Voilà, tout ça devant m’apporter une corde de plus à mon arc. Et puis je me suis toujours remis en cause. D’ailleurs comme bon nombre d’athlètes de haut niveau.
• Pourtant , vu de l’extérieur, on a cette image de bandes de copains déconnant au moindre moment de décompression ?
C’est pas pareil dans le sport. C’est pas pareil !...
• Et quel retour sur cette année ?
« …tu tires un trait et tu mets (…) un + ! »
Quoi qu’il arrive, en bas de la page tu tires un trait et tu mets devant le nombre que tu obtiens un + ! Globalement, c’est clair, ça a été + ! Personnellement et humainement ça m’a fait du bien. Vingt dans un monde cloîtré… Bon, je grossis volontairement le trait, mais 20 ans… Ca m’a fait un bien fou que de rencontrer d’autres gens, de parler d’autres choses, de mener cette réflexion sur le monde du sport en général : côté économie, analyse marketing, travail stratégique…
• Continuons donc dans cette allégresse ! Le moment le plus fort ?
Notre week-end organisé en Sologne chez Rémi. Parce que c’est nous qui avons décidé. C’est nous qui avons fait le truc ! Mais y’en a plein d’autres. Le dernier week-end à Clairefontaine fut fort aussi avec le partage de nos PPP. Oui, ce que je retiens ce sont les moments de partages !
• Ta promo en deux – trois mots ?
Je vais tomber dans du bateau et du classique, mais… On est resté soudé et en contact. Famille, tribu… En même temps on est tous différents et on s’est tous relativement bien acceptés, compris. Y’avait vachement de tolérance !!
• À travers ce papier, que souhaiterais-tu leur dire ?
Je leur dirais que le 24 – septembre – on a une soirée au Sous- Bock et qu’ils ont intérêt à être là !
• Maintenant passons à ta carrière. Peux-tu nous faire un résumé sur ton parcours ?
« …Manager (…) c’est 98% de communication … »
Ca va être long ! (rires) Bon… De 1990 à 1995 j’ai été rattaché au secteur Sport et Communication du Conseil Fédéral de la Vendée, d’où je suis originaire (né le 16/09/66 à Cholet). Ensuite, de 1995 à 2000, j’ai été professeur de sport au sein de l’INSEP. Puis, entre 2001 et 2005, j’ai été à la fois Entraîneur National, Responsable de l’équipe de France masculine de Judo et Directeur du Haut Niveau à la Fédé. À la Direction, le staff dont j’avais la charge était composé d’une vingtaine de personnes. Je m’occupais, entre autres, du suivi socioprofessionnel – convention pour les athlètes -, du suivi médical et du calendrier de préparation des judokas. Il fallait aussi monter le budget, gérer les entraînements, où j’étais très présent, tout en étant à la DTN. Pour résumer, disons que j’avais une vue d’ensemble sur tous les secteurs propres au Judo français. Ce que je retiens du métier de manager – entraîneur c’est la difficulté à revêtir le costume sans préparation spécifique à la fonction. C’est 98% de communication, de dialogues. Il faut fédérer et transcender des hommes autour d’un projet fixé, et ça s’apprend ! Pendant ces cinq années, j’ai beaucoup appris. Je résumerai ça comme suit : pendant vingt ans on pense à soi et du jour au lendemain faut penser aux autres. Le delta est important ! Enfin, sur 2007 et jusqu’à peu, j’ai été Directeur Général du groupe Vit’Halles. Le gérant du groupe était venu me chercher. Mon travail était essentiellement basé sur trois secteurs : Le développement commercial, par la fidélisation des clients et l’ouverture de nouveaux centres, le management des professeurs, des commerciaux...., le tout représentant une population globale de 150 personnes, et l’aspect com’, marketing et RP.
Ce fut une expérience très riche car je sortais du monde associatif, fédéral. J’entrais enfin dans le monde privé. Je me suis aperçu que c’était vingt fois plus pro que le monde fédéral (sic) ! La capacité de réaction est très forte. On sait y prendre une décision dans l’instant, et en très peu de temps voir son résultat dans les salles !
Maintenant, me voilà à 100% sur Carré Final (http://www.carre-final.com/) afin d’y développer d’autres secteurs. Cette société existe depuis 2002, créée avec deux autres associés. Mon épouse faisant partie des trois associés. D’ailleurs ce ne fut pas évident pour elle que de quitter sa carrière au sein d’Elyo (groupe Suez). Au départ Carré Final gérait mes activités annexes. Puis ce projet, au début familial, est devenu une agence de communication possédant plusieurs axes de spécialisations : La Relation Presse, tout ce qui touche au Marketing et à la Com’, la création, comme des logos, des affiches d’évènements ou autres, des photos…, et l’évènementiel.
• Quelle est la fonction actuelle que tu occupes ?
Ce que j’y bossais jusqu’à présent en pointillé : la stratégie – où allons-nous et comment ? - et le développement – les moyens pour y aller -. C’est donc avoir d’autres marchés. Je me consacre aussi beaucoup plus aux relations publiques.
• Pour mieux comprendre ton métier au sein de Carré Final, à quoi ressemble une journée type ?
C’est assez varié. Il n’y a pas vraiment de journée type, justement. Une grande partie est dédiée à la réflexion sur les projets en cours. On visite aussi les clients pour leur montrer l’avancement de leur projet et valider avec eux chaque point. Et bien sûr il y a le réseau à faire vivre.
• Quelle qualité te semble être incontournable pour intégrer et réussir dans une agence de communication telle que Carré Final ?
« C’est par les échanges que l’on progresse. »
Faut être multi-tâches : savoir écrire, monter des projets, vendre les dossiers, faire preuve de créativité… Entre guillemets être un véritable acteur de sa société, pour reprendre une expression bien connue des mastériens (clin d’oeil complice) ! Être proactif, très clairement. Être collectif aussi : à aucun moment on ne détient la vérité. C’est par les échanges que l’on progresse. Le côté collectif est très important pour nous.
• Parlons d’avenir. Où te vois-tu dans cinq ans ?
Dépasser nos amis d’Havas Sport ! Trêve de plaisanterie. On n’a pas l’ambition d’être une multinationale. Pour moi ce sera de tout multiplier par cinq. Personnel, CA, clients…
• Pour clore cet entretien, par quelle citation terminerais-tu ?
(Il sort de l’une de ses poches de son blouson noir un petit calepin sur lequel se trouve une inscription au crayon de papier)
« Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».
Ça résume Carré Final et la vision que j’ai pour elle dans cinq ans. À sa création, on ne s’est pas posé la question de savoir si on allait réussir ou pas. On l’a fait parce qu’on l’avait en nous.
• Merci Stéphane et à bientôt autour d’une bière !
J’espère, et pas dans cinq ans !
Avant de quitter notre table, après voir dégusté notre thé à la menthe, nous échangeons sur son parcours sportif de (très) haut niveau. Vous me connaissez : je ne peux m’empêcher de parler sport ! Surprise ! un regret surgit de son for intérieur : celui de n’avoir pu arracher l’or Olympique, rien qu’une fois. Il me parle aussi de sa première passion pour la natation, d’où son bonheur d’assister à la victoire du blond Alain Bernard en finale du 100 m. nage libre de Pékin. Double raison expliquant son admiration pour les multi médaillés olympiques que sont Mark Spitz et Michael Phelps (23 médailles d’or à eux seuls, sans compter les autres métaux !). Il évoque aussi le souhait qu’ils ont, son épouse et lui, d’ouvrir un bureau Carré Final à Hambourg. Une ultime poignée de mains, du moins ce qu’il me reste de main après son salut initial… Puis direction un autre entretien pour nos chers alumnis. Vive le sport et Carpe Diem !
Sylvain OLLIER
* Il a connu sa première sélection en 1984, ses premiers Jeux Olympiques en 1988, son premier titre international en 1990. Champion du Monde en 1991 (bronze en 1993 et 1995) et d’Europe en 1990, 1992, 1993 et 1999 (bronze en 1991 et 1995), Stéphane Traineau a rapporté deux médailles olympiques, le bronze à Atlanta en 1996 comme à Sydney en 2000. Mais peut-être que le plus bel exploit de sa carrière fut un titre de Champion de France… celui de 2006, à près de 40 ans ! Alors qu’il fut déjà titré dans cette catégorie à trois reprises (1992, 1994 et 1997), Stéphane remet le kimono à 39 ans et participe, sans aucun entraînement spécifique, aux championnats de France de Judo à Amiens le 14 janvier 2006. Après cinq ans de retraite des tatamis et en pleine année de formation à l’ESSEC, ce judoka atypique s’impose dans sa catégorie et gagne un nouveau titre de Champion de France des moins de 100 kg. Il sera en outre le français le mieux classé de sa catégorie au tournoi de Paris le mois d’après. Chapeau champion !
Une journée dans la peau d’un autre ? Tu vas rire, mais j’aurai aimé me glisser dans la peau d’une Rock Star pendant un concert. Tu vas voir pourquoi. Ces gens-là partagent pendant deux heures, avec leur public, la musique qu’ils aiment, leur création artistique, leurs émotions… Ce n’est pas cinq minutes comme lors d’un combat de Judo. C’est deux heures ! Émotionnellement ça doit être super fort !
Une passion autre que le sport ? Mes enfants, sans hésitation aucune !
Ton coin de paradis ? La campagne vendéenne.
Un voyage inoubliable ? On est en 1987… Au Tournoi de Géorgie à Tbilissi. Bien d’actualité ! En fait on se trouve plus exactement à Gori, la ville où naquit Staline. C’est d’ailleurs la seule ville où il reste encore une statue non déboulonnée de ce dictateur. La compétition se déroule dans une sorte d’arène où sont entassés 300 à 400 personnes. Rien que des hommes, les femmes n’y étant pas conviées. Hé bien on a été reçu comme des Rois, des demi-Dieux ! C’était une ambiance extra ! Unique !
Je pense aussi à Rio et son carnaval, en 92. Je me suis trouvé dans ce « Samba-Dôme », lui-même en plein milieu d’une favelas. Côtoyer autant de pauvreté dans un moment de festivités sans fin…
Un événement sportif qui t’a marqué ? Tout gamin je me souviens des poteaux carrés (Finale de la Coupe d’Europe de football de 1976 ayant opposé l’AS Saint-Etienne au FC Munich : 0-1). Ça m’a marqué.
Plus récemment, j’étais présent dans ce cube d’eau de Pékin pour les demi-finales et la finale Olympique du 100 m. nage libre hommes. Voir pendant les demis le record du monde tomber deux fois, puis assister au triomphe d’Alain ! Pfouf !... J’ai également assisté à quatre des huit médailles d’or de Phelps. Gamin j’ai pas mal nagé et étais fan de Spitz. Ça signifie quelque chose pour moi.
Justement, quel est le sportif que tu as le plus admiré ? Mark Spitz !
** Dans l’acte I, scène 5, du Bourgeois Gentilhomme de Molière, Monsieur Jourdain apprend, au cours d’un échange avec son maître de philosophie, qu’il dit de la prose depuis longtemps sans qu’il n’en sut rien : « Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j’en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m’avoir appris cela. » Par extension, Monsieur Jourdain désigne quelqu’un pratiquant une activité sans même avoir connaissance de son existence.